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Manuel PAP

Psychothérapie en amont

Motivation et attentes du patient ​

La motivation à entreprendre une PAP ne saurait être réduite à un simple critère de sélection préalable. Elle constitue un processus dynamique et évolutif, qui commence bien avant la première prise de substance et se poursuit bien après, dans la phase d’intégration. La manière dont le patient formule son désir de thérapie et exprime ses attentes est souvent imprégnée d’un mélange d’espoir, de fatigue thérapeutique et de fantasmes de transformation radicale. Ces éléments, parfois contradictoires, témoignent d’un champ motivationnel complexe qui mérite d’être activement exploré et accompagné.

Contrairement à d'autres formes de psychothérapie, où les attentes peuvent être plus vagues ou formulées au fil du travail, la PAP suscite fréquemment une charge d’attente intense, parfois démesurée. Le patient ne vient pas seulement chercher un soulagement de symptômes ; il vient souvent chercher une percée, une expérience révélatrice, une reconnexion existentielle, voire une forme de réparation. Certains évoquent une quête de sens, d'autres une impasse thérapeutique, d'autres encore un appel intérieur difficile à formuler autrement que par des expressions comme « retrouver qui je suis » ou « me libérer de quelque chose d’ancien ». Ces formulations, bien que subjectives, ne doivent pas être interprétées comme floues ou irrationnelles ; elles expriment souvent, dans le langage du patient, un besoin profond d’accéder à des niveaux de compréhension ou de transformation que les approches conventionnelles n’ont pas permis de mobiliser.

Il importe, à ce moment du processus, de différencier les attentes susceptibles de soutenir un engagement thérapeutique réel de celles qui relèvent davantage d’une idéalisation de la substance ou d’un imaginaire illusoire quant à ses effets. L’expérience clinique et la littérature recommandent d’investir un travail minutieux de clarification des intentions du patient, tout en l’aidant à identifier les désirs implicites qui sous-tendent sa démarche. Ce travail permet non seulement de soutenir la motivation de manière réaliste, mais aussi de prévenir les déceptions et les réactions défensives post-expérience. Le thérapeute joue ici un rôle actif, non directif mais structurant, pour transformer les attentes diffuses ou magiques en intentions authentiques, enracinées dans la biographie du patient et orientées vers un travail d’intégration.

Les recherches empiriques en psychothérapie ont montré que la motivation ne peut être conçue comme un trait fixe, mais qu’elle reflète un faisceau de dimensions : engagement actif, capacité d’introspection, disposition à faire des efforts, valorisation de la thérapie, mais aussi attentes implicites vis-à-vis du changement (1). Ces facteurs s'articulent dans la PAP avec des variables spécifiques liées à l'expérience psychédélique, comme l’intensité du vécu subjectif, la réceptivité au lâcher-prise et la capacité à tolérer l'incertitude. Il est donc essentielle non seulement d’explorer la motivation du patient, mais aussi de la soutenir activement, en la rendant plus consciente, plus nuancée, et surtout plus en lien avec la dynamique thérapeutique globale.

Les patients motivés par des objectifs d’« approche », c’est-à-dire orientés vers un état positif désiré (ex. : « clarifier ce qui compte vraiment pour moi », « Me relier à l’autre sans devoir me suradapter. »), présentent globalement de meilleurs résultats que ceux qui formulent des objectifs d’« évitement » (ex. : « ne plus souffrir », « ne plus penser à mon passé »). Cette distinction, bien connue en psychologie motivationnelle, s’avère particulièrement pertinente dans le cadre de la PAP (2, 3). En effet, l’ouverture à l’expérience, la capacité à soutenir des états émotionnels intenses, voire inconfortables, et l’aptitude à en extraire du sens sont toutes facilitées lorsque l’intention de départ est tournée vers une croissance ou un apprentissage, plutôt que vers la simple suppression d’un mal-être.

 

Il est également établi que l’intégration réussie d’une expérience psychédélique dépend en grande partie de la clarté — mais aussi de la souplesse — de l’intention initiale. Dans ce cadre, on ne peut qu’insister sur l’importance de ne pas surcharger cette intention d’enjeux excessifs, mais de l’aborder comme une direction intérieure, une boussole, plutôt qu’un but à atteindre. Les recommandations suisses (IG-PAT) insistent également sur la fonction structurante et contenante de cette intention, et recommandent explicitement qu’elle soit formulée avec soin dans le cadre d’une relation thérapeutique fondée sur la sécurité, la transparence et le respect de l’autonomie du patient​​.

Enfin, les attentes irréalistes constituent un point critique. Le contexte actuel de médiatisation des psychédéliques, parfois teinté de promesses excessives ou de récits de guérison spectaculaire, peut conduire certains patients à projeter sur la substance un pouvoir quasi-magique. Ce phénomène est largement documenté dans la littérature clinique et invite à une mise au travail approfondie dès les premières séances. Il s’agit de déconstruire les représentations idéalisées sans pour autant étouffer l’élan, de rappeler le rôle central du patient dans le processus de changement, et de souligner que la substance est un catalyseur, non une solution en soi.

 

Le hype médiatique et la construction d’attentes irréalistes en PAP

Au cours des dernières années, les psychédéliques ont connu une visibilité médiatique sans précédent. Portés par des documentaires sur des plateformes de streaming, des couvertures de magazines prestigieux et des récits enthousiastes d’expériences de transformation, ces substances ont été progressivement associées, dans l’imaginaire collectif, à une forme de remède miracle. Cette vague de communication, que l’on peut qualifier de hype médiatique, a profondément influencé la manière dont les patients abordent la PAP.

Ce phénomène est loin d’être anodin. Les récits médiatiques tendent à « emphaser les bénéfices tout en minimisant les risques et incertitudes », créant ainsi un décalage entre la promesse véhiculée dans l’espace public et la réalité clinique du traitement​ (4). Cette tendance à la survalorisation des résultats thérapeutiques est également observable dans le domaine des psychédéliques. De nombreux patients arrivent en thérapie avec des attentes disproportionnées, parfois forgées par des témoignages hyperboliques lus ou visionnés en ligne. Il n’est pas rare, par exemple, que des individus se présentent avec la conviction que « la substance » les « guérira » en une seule séance.

Des travaux récents ont mis en évidence l’influence significative des réseaux sociaux dans la formation des attentes thérapeutiques. Les contenus visuels idéalisés, largement diffusés sur des plateformes telles qu’Instagram, TikTok ou YouTube, tendent à créer des représentations irréalistes des effets d’un traitement. Ce décalage entre image projetée et réalité clinique alimente fréquemment des déceptions chez les patients, lorsque les résultats ne correspondent pas à ce qu’ils avaient imaginé​ (5). Par ailleurs, la confusion entre témoignages personnels et données probantes reste courante, ce qui peut nuire à une évaluation lucide des options thérapeutiques disponibles​ (6). Ce phénomène est renforcé par les mécanismes algorithmiques qui privilégient les contenus émotionnellement chargés, au détriment d’une information nuancée. L’émergence de figures médiatiques non qualifiées diffusant des conseils thérapeutiques renforce encore cette dynamique, en diffusant des promesses de guérison sans fondement scientifique clair, contribuant ainsi à des attentes exagérées difficilement compatibles avec une démarche thérapeutique rigoureuse​ (6).

Ce phénomène de surmédiatisation, en créant un imaginaire idéalisé autour de la PAP, nourrit des attentes qui s’écartent de l’essence même du processus thérapeutique, à savoir une démarche exigeante, progressive, et encadrée. Les patients influencés par ce hype peuvent se montrer moins tolérants à la frustration, moins engagés dans les étapes préparatoires, ou encore éprouver un sentiment d’échec si la « révélation » attendue ne survient pas immédiatement. Dans les cas extrêmes, ils peuvent rejeter la dimension relationnelle et psychothérapeutique du travail, focalisant leur attente uniquement sur l’effet pharmacologique de la substance.

Pour prévenir ces écueils, certains travaux soulignent l’importance d’un effort explicite de gestion des attentes. Les attentes des patients ne devraient pas être perçues comme des biais à corriger, mais comme des éléments constitutifs du processus thérapeutique, qui méritent d’être intégrés de manière consciente dans la stratégie de soin. Dans cette perspective, le rôle du thérapeute en PAP consiste notamment à déconstruire les imaginaires portés par les médias, à favoriser une réflexion approfondie sur les motivations sous-jacentes du patient, et à recentrer l’espoir sur des formes de changement réalistes, enracinées, mais non moins transformatrices (7)​.

 

D’autres publications proposent également des outils pour repérer les signes d’un discours thérapeutique survalorisé, tels que l’usage de promesses spectaculaires, l’absence de fondement dans des essais cliniques contrôlés, ou la mise en scène de figures charismatiques érigées en autorités. Ces signaux d’alerte, fréquents dans certains discours récents autour de la PAP, appellent à une vigilance critique accrue de la part des professionnels (8)​.

Références

  1. Rosenbaum RL, Horowitz MJ. Motivation for psychotherapy: A factorial and conceptual analysis. Psychotherapy: Theory, Research & Practice. 1983;20:346.

  2. Wollburg E, Braukhaus C. Goal setting in psychotherapy: The relevance of approach and avoidance goals for treatment outcome. Psychotherapy Research. 2010;20:488-494.

  3. Michalak J, Klappheck MA, Kosfelder J. Personal goals of psychotherapy patients: The intensity and the “why” of goal-motivated behavior and their implications for the therapeutic process. Psychotherapy Research. 2004;14:193-209.

  4. Woollard L, Gorman R. The emerging need to manage patient expectations of haemophilia gene therapy amidst media hype in the UK. Therapeutic Advances in Rare Disease. 2025;6:26330040251330317.

  5. Buzzaccarini G, Degliuomini RS, Borin M. The impact of social media–driven fame in aesthetic medicine: when followers overshadow science. Aesthetic Surgery Journal. 2023;43:NP807-NP808.

  6. Patrick M, Venkatesh RD, Stukus DR. Social media and its impact on health care. Annals of Allergy, Asthma & Immunology. 2022;128:139-145.

  7. Ralph IH, James BB, Mark RC. Patient expectations are a feature of treatment strategy rather than a source of bias. PLOS Mental Health. 2024

  8. Meichenbaum D, Lilienfeld S. How to Spot Hype in the Field of Psychotherapy: A 19-Item Checklist. Professional Psychology: Research and Practice. 2018;49:22-30.

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