
Manuel PAP
Enjeux juridiques, éthiques et déontologiques
Droit, éthique et déontologie : définitions et distinctions
La pratique médicale ne repose pas uniquement sur des connaissances scientifiques et des compétences techniques. Elle s'inscrit également dans un ensemble de normes, de valeurs et d'obligations qui orientent les décisions et les comportements des professionnels. Trois notions doivent être distinguées : le droit, l'éthique et la déontologie. Bien qu'étroitement liées, elles répondent à des questions différentes et reposent sur des fondements distincts (1,2).
Le droit
Le droit désigne l'ensemble des règles établies ou reconnues par les institutions compétentes d'une société. Il définit ce qui est autorisé, obligatoire ou interdit et prévoit des mécanismes permettant d'en assurer le respect, notamment par des sanctions.
Dans le domaine médical, le droit encadre notamment les conditions d'exercice professionnel, les autorisations de traitement, le consentement aux soins, la protection des données, le secret professionnel et la responsabilité des intervenants.
Le cadre juridique résulte de décisions politiques et de processus institutionnels qui tiennent compte des connaissances scientifiques, mais également des valeurs, des priorités et des compromis propres à une société. La légalité d'une pratique ne constitue donc pas, en elle-même, une démonstration de son efficacité ou de sa légitimité éthique. Inversement, l'existence de données scientifiques favorables ne suffit pas à rendre une intervention juridiquement autorisée (1,2).
Cette distinction est particulièrement pertinente pour les substances psychédéliques, dont les usages thérapeutiques et non thérapeutiques relèvent de finalités et de cadres réglementaires différents.
L'éthique
L'éthique est une réflexion critique sur les valeurs, les principes et les raisons permettant de considérer une action comme moralement justifiable. Elle ne se limite pas à l'application de règles préétablies, mais examine leurs fondements, leurs conséquences et les éventuels conflits entre différentes valeurs.
En médecine, cette réflexion s'appuie notamment sur quatre principes fondamentaux : le respect de l'autonomie, la bienfaisance, la non-malfaisance et la justice (1,3). Ces principes ne fournissent pas automatiquement une solution à chaque situation clinique. Ils constituent plutôt des repères pour une délibération tenant compte des circonstances, des intérêts en présence et des préférences du patient.
Contrairement à une règle juridique ou déontologique, la réflexion éthique ne détermine pas nécessairement à l'avance la conduite appropriée. Elle propose une démarche permettant d'identifier les valeurs en jeu, de reconnaître leurs éventuelles contradictions et de justifier une décision.
L'éthique possède ainsi une dimension critique : elle permet non seulement d'évaluer les pratiques existantes, mais également de remettre en question des règles professionnelles ou juridiques lorsque leur justification apparaît insuffisante (1).
La déontologie
La déontologie désigne l'ensemble des devoirs et des règles de conduite propres à une profession. Elle traduit des principes éthiques généraux en obligations concrètes liées à l'exercice professionnel.
Ces obligations concernent plusieurs catégories de destinataires : les patients, le public et la profession elle-même. Elles visent notamment à protéger les personnes soignées, à garantir la qualité des prestations et à préserver la confiance accordée aux professionnels.
À la différence de la réflexion éthique, qui invite à examiner les valeurs et à délibérer, les règles déontologiques définissent des comportements attendus indépendamment des convictions personnelles de chaque professionnel. Leur application ne suppose donc pas nécessairement l'adhésion individuelle aux valeurs qui les sous-tendent.
En médecine, la déontologie concerne notamment la compétence, l'intégrité, la confidentialité, l'indépendance professionnelle, les relations avec les patients et les limites de la relation thérapeutique. En Suisse, ces obligations trouvent notamment leur expression dans le Code de déontologie de la Fédération des médecins suisses (FMH) et dans les directives médico-éthiques de l'Académie suisse des sciences médicales (ASSM) (5,6).
Les règles déontologiques sont néanmoins historiquement et socialement situées. Elles peuvent évoluer avec les connaissances scientifiques, les pratiques professionnelles et les attentes de la société. Elles doivent donc rester ouvertes à une évaluation éthique critique (1).
Articulation des trois dimensions
Le droit, l'éthique et la déontologie constituent trois dimensions complémentaires de la responsabilité médicale. Le droit détermine ce qui est juridiquement permis ou exigé, l'éthique examine ce qui est moralement justifiable et la déontologie précise ce qui est attendu d'un professionnel dans l'exercice de ses fonctions.
Ces domaines ne sont cependant pas indépendants. Une même obligation, telle que le respect de la confidentialité ou du consentement, peut simultanément relever des trois dimensions. Inversement, une pratique légalement autorisée peut être éthiquement contestable, et le respect formel des règles déontologiques ne garantit pas nécessairement qu'une décision soit moralement appropriée (1,2).
La distinction entre les usages thérapeutiques et non thérapeutiques des psychédéliques illustre l'importance de cette articulation. Les décisions relatives à leur réglementation relèvent de processus politiques et juridiques, tandis que les indications thérapeutiques doivent être appréciées à la lumière des connaissances scientifiques. Confondre ces domaines comporte deux risques opposés : médicaliser indûment des choix individuels qui ne relèvent pas des soins, ou soumettre des interventions thérapeutiques à des convictions personnelles insuffisamment étayées par les données scientifiques.
Application à la PAP
Dans le contexte de la PAP, cette articulation revêt une importance particulière.
Sur le plan juridique, l'utilisation médicale de substances telles que le LSD et la psilocybine est soumise en Suisse à des dispositions spécifiques de la législation sur les stupéfiants, notamment au régime des autorisations exceptionnelles pour certaines applications médicales limitées (7). L'existence d'une telle autorisation ne constitue toutefois ni une garantie d'efficacité thérapeutique ni une dispense des autres obligations professionnelles.
Sur le plan éthique, la PAP soulève des questions particulières concernant l'autonomie du patient, sa vulnérabilité temporaire, la suggestibilité, les rapports de pouvoir et les conséquences possibles des expériences vécues. L'incertitude scientifique impose également une communication prudente sur les bénéfices attendus et les risques du traitement (4).
Sur le plan déontologique, ces particularités se traduisent par des exigences concrètes : indication médicalement justifiée, information loyale, consentement éclairé, compétences professionnelles appropriées, encadrement médical et psychothérapeutique, surveillance des effets indésirables et respect strict des frontières thérapeutiques. Elles impliquent également de s'abstenir de prosélytisme, de pratiques expérimentales dépourvues de justification clinique et de promesses thérapeutiques non fondées (4–6).
La déontologie médicale exige en particulier de ne pas exploiter la confiance, la crédulité ou la détresse des patients pour promouvoir des pratiques insuffisamment étayées. Cette exigence prend une importance particulière dans un domaine où les attentes thérapeutiques peuvent être élevées et où les expériences subjectives sont parfois interprétées comme des preuves d'efficacité.
Références
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Patuzzo S, De Stefano F, Ciliberti R. The Italian Code of Medical Deontology: Historical, ethical and legal issues. Acta Biomed. 2018;89(2):157–164. doi:10.23750/abm.v89i2.6674.
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Needell MH. Are medical ethics different from legal ethics? St Thomas Law Rev. 2001;14(1).
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Beauchamp TL, Childress JF. Principles of Biomedical Ethics. 8th ed. New York: Oxford University Press; 2019.
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Thorens G, et al. Déontologie de la pratique de la psychothérapie assistée par psychédéliques. Rev Med Suisse. 2023;19:1508–1512. doi:10.53738/REVMED.2023.19.838.1508.
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Fédération des médecins suisses (FMH). Code de déontologie de la FMH. https://www.fmh.ch/files/pdf7/code-de-deontologie-fmh.pdf
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Académie suisse des sciences médicales (ASSM). Directives médico-éthiques. https://www.samw.ch/fr/Publications/Directives.html
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Confédération suisse. Loi fédérale sur les stupéfiants et les substances psychotropes (LStup), RS 812.121, notamment art. 8, al. 5.
Boite à outils
The Short Ethics Position Questionnaire (EPQ-5)
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